Reconquérir la rue
Impossible de passer à côté : depuis fin septembre, la jeunesse occupe la rue, demandant de meilleures conditions d'enseignement. Et dans la foule, les lycéennes. Avec elles, on découvre des pancartes féministes sur lesquelles on peut notamment lire : « 39 °C dans une salle, mais c'est ma tenue qui pose problème » ou encore « Cherche joli garçon pour révolution ».
Mais pourquoi ça fait tant de bien de voir des filles et des femmes dans la rue ? De lire des pancartes qui ne peuvent avoir été écrites que par une femme ?
Si les femmes n'ont pas attendu 2026 pour descendre dans la rue, on pense aux suffragettes ou au Mouvement de libération des femmes, l'espace public reste un lieu pensé par et pour les hommes. Ainsi, comme l'expliquent Johanna Dagorn et Arnaud Alessandrin dans « Femmes et espace public : entre épreuves et résistances », « La présence et la visibilité des filles et des femmes, dans l’espace public, ne vont pas de soi. ». Revendiquer des droits dans la rue devient alors une épreuve supplémentaire pour les femmes. Et pourtant, cela est loin de les arrêter. Pour Anna Bednarczyk dans « Subversive visibility: Gender, feminist protests, and public spaces in Argentina », « Malgré la peur des espaces publics, les mobilisations féministes […] présentent le potentiel de reconquérir les espaces publics. ». C'est en passant par l’occupation de l'espace public que les femmes ont pu gagner des droits. Certaines batailles ont débuté dans la rue avant de franchir les bancs des institutions. Ce fut le cas pour le suffrage universel, l'avortement ou, plus récemment, la loi intégrale. Cette dernière n'aurait sûrement pas été mise à l'ordre du jour sans toutes les manifestations qui ont suivi le meurtre de Lyhanna. Et aurait-elle été votée à l'unanimité sans toutes celles qui n'ont rien lâché, lundi après lundi, depuis juin dernier ?
Voilà pourquoi les images de ces lycéennes dépassent les revendications de la jeunesse pour, le temps d'un cortège, devenir ce que la chercheuse Anna Bednarczyk appelle une « visibilité subversive » : un espace pensé comme source de peur qui peut se muer en un espace d’appropriation politique.
...
